Islande, une terre d’extrêmes

Après avoir quitté les Lofotens et la Norvège, nous atterrissons en Islande. Pays maintes fois rêvé, que nous connaissions l’un comme l’autre au travers de récits, nous foulons enfin tes terres volcaniques et gelées.

Des Lofotens à l’Islande

Après avoir quitté les Lofotens, nous avons principalement fait du stop. Nous envisagions de visiter un peu le sud du pays, mais les températures de plus en plus froides nous firent changer nos plans.

La tente retrouvée gelée au matin nous incitera à trouver un volontariat pour passer nos deux dernières semaines en Norvège. Nous squatterons donc la bibliothèque de Trondheim pendant 3 jours jusqu’à ce qu’une famille habitant près de Bergen nous réponde.

DracolosseNous vivrons ensuite au rythme de cinq enfants, tous plus étonnants les uns que les autres avant de rejoindre l’aéroport. La plus petite est adorablement mignonne et téméraire. Elle a le droit, elle nous le répète tout le temps. Les deux garçons se chamaillent, le plus jeune embêtant discrètement son frère qui s’empresse de sur-réagir. Amina est partie se promener, seule et en pleine nuit, parce qu’elle l’a décidé. Elle ne reviendra qu’après une âpre négociation et se montrera alors la plus autonome de la fratrie. La plus grande restera invisible jusqu’à ce qu’elle vienne se préparer son propre repas vegan.

Ce n’était pas de tout repos, mais on a beaucoup appris. Sur les enfants, sur nous aussi. Nath a pu faire de la couture et Sylvie s’essayer au dessin dans le but de décrocher les enfants de la télé. Mission accomplie grâce à Dracolosse…

Arrêtons là les digressions. Nous avons finalement rejoint Bergen et pris l’avion pour l’Islande.

Premières impressions

Le nez collé au hublot, nous observons au travers des nuages les reliefs de l’Islande.

– Ici ! J’ai vu un volcan !

Nous nous réjouissons déjà. Nathanaël a souvent entendu parler de sa géologie hors normes, entre dorsale et séparation de plaques techtoniques. Sylvie en a eu un avant goût au travers de récits d’écrivains. Et nous salivions d’avance quand, quelques mois avant le départ, notre amie Bérénice nous avait rapporté quelques photos de la vallée des trolls.

Notre avion se pose enfin, et nous sautons dans un bus, avides de découvrir le paysage. Nous sommes surpris par ces grandes étendues plates qui s’étirent entre l’aéroport et la capitale, par ses montagnes surgies de nulle part et ce climat changeant qui nous réchauffe le coeur après avoir trempé nos corps.

Rencontre avec nos hôtes

SeljalandfossEn fin de soirée, nous rencontrons nos hôtes Gudni et Gudmundur ainsi que leur fils à Reykjavik. Nous avons hâte de découvrir leur « peace center » entouré de vaches, chevaux et moutons. En chemin, le climat nous gâte encore : il neige. La toute première neige de notre tour du monde nous accueille en Islande, près de Seljalandfoss.

Nous faisons donc connaissance avec la famille. Le mari est un homme tranquille et solitaire, si semblable aux montagnes que l’on aperçoit par la fenêtre. La femme quand à elle nous rapelle que sous l’Eyjafjallajokul se cache un volcan qui, quand il s’y met, est capable de paralyser l’Europe.

Mauvaise surprise

Nos premiers jours en Islande se révèleront difficiles. Nous allons de déconvenues et déconvenues. En effet, ici, le volontariat est normalement illégal. La règle précise notamment qu’un bénévole ne devrait jamais effectuer un travail qui fait gagner de l’argent à ceux qui l’emploie. Pour éviter les contrôles, la famille a donc oublié de mentionner dans son profil que le travail principal serait la traite de leur 70 vaches laitières.

Les chevaux de notre hôteNous voilà donc à nettoyer l’étable – qui n’est pas conçue pour vous faciliter la tâche – et à apprendre à traire. Une expérience formidable, si l’on oublie le caractère direct et intransigeant de Gudni, avec qui nous travaillons. Sylvie bout intérieurement chaque fois qu’elle l’entends répéter :

– You won’t be a girl after this, a girl can’t do a job like this. You’re gonna be strong !

On ne se sent vraiment pas à l’aise dans cette maison, ni avec la famille, ni avec le travail demandé. Heureusement, Lily et Simon, deux autres volontaires très positifs remontent un peu le niveau… Les paysages et les belles lumières sont cependant au rendez vous.

Islande, terre de légendes

Difficile d’envisager l’Islande sans son folklore. Ils ont un service gouvernemental dédié au petit peuple, dévient des routes pour ne pas bouger des cailloux… et envoient des lettres si vous construisez votre maison à un endroit inapproprié.

Nous apprenons au bout de quelques jours que c’est ce qui est arrivé à notre hôte. Gudni nous explique donc les péripéties du chantier de la création de la maison : l’architecte qui tombe malade à peine arrivé, les outils qui disparaissent et les diverses négociations qu’elle a entrepris avec les petits êtres.

Voilà peut-être pourquoi la maison ne nous semblait pas si accueillante…

Le lac aux icebergs

Skogafoss

Skogafoss, vue d'en basAlors que nous essayons de nous adapter à notre nouvelle « famille » chez qui nous sommes censés rester 2 mois, nous profitons de deux jours de congé pour découvrir les environs. Nos hôtes nous prêterons très gentiment l’une de leur voiture pour que l’on puisse se déplacer.

Voyant le grand ciel bleu annoncé sur le sud de l’Islande, nous décidons d’un road-trip en direction du Jokularson. A 9h, nous voilà sur la route… sur la piste. Heureusement, nous retrouvons bientôt la route 1, celle qui fait le tour de l’île et nous nous dirigeons plein est.

Sur le chemin, nous nous arrêtons à Skogafoss, une superbe chute d’eau que l’on peut approcher de près. Très près. Heureusement que notre appareil photo est étanche !

Skogafoss, vue d'en hautIl existe à cet endroit une randonnée qui peut vous emmener jusqu’au point d’éruption de 2010 mais il faudra plusieurs jours pour l’achever. Nous envisageons d’en faire une petite partie le lendemain mais ne résistons pas à voir la chute depuis en haut.

Les champs de lave

Nous repartons finalement vers l’est et observons les paysages s’enchaîner. Les plaines bordées de volcans succèdent aux plaines bordées de volcans, pourtant chacune différentes à leur manière. Soudainement, le paysage se transmutte et nous nous arrêtons pour une promenade.

Ici, la lave se recouvre de mousse touffue. Le soleil d’hiver donne au tout une atmosphère étrange, bien loin de tout ce que l’on a pu voir jusque là. Difficile de décrire le paysage et la sensation qu’il nous a laissé. Même les photos ne lui rendent pas justice.

Le champ de lave

La route se poursuit encore. Nous apercevons enfin le Vatnajokul et ses innombrables glaciers. Le soleil est déjà bas sur l’horizon et l’on se demande s’il l’on arrivera avant la nuit. Soudain, on entrevoit un bout de lac sur notre gauche, puis un iceberg. Nous y sommes.

Jokularson

Nous escaladons les dunes de cailloux en courant comme des enfants. On fera bien vite demi tour pour enfiler nos vestes et retournerons près de l’eau mieux équipés. Le paysage est grandiose. A nos pieds, des morceaux de glace échoués témoignent d’anciens icebergs, mais ce n’est rien comparé à ce qui se trouve plus loin. Pour cela, une photo vaut mieux qu’un long discours.

Jokularson, le lac aux icebergs

Avis de tempête

Le lendemain, nous serons cloués à la maison : la route 1 se trouve être coupée à quelques kilomètres à l’est. Le vent est beaucoup trop fort pour pouvoir rouler en toute sécurité. Mais même en dépit de cela, il ne nous serait pas venu à l’idée de sortir : les minces arbres sont couchés par les bourrasques et l’on a presque arraché la porte en l’ouvrant.

Nous sommes très contents d’avoir vu le Jokularson la veille, aujourd’hui, cela n’aurait pas été possible.

Nous continuons donc notre mission de volontariat auprès de Gudni, mais nos différents s’enchaînent les uns aux autres. Promesses non tenues, remarques désobligeantes. Nous commençons à chercher une autre ferme tant cela nous paraît impensable de rester ici 6 semaines de plus.

Le Cercle d’or à quatre

– Il fera beau demain, ça vous dit qu’on aille se balader ensemble ?

C’est ainsi que nous nous retrouverons avec Lily et Simon en route pour le Golden Circle. Nous n’aurons pas le temps de tout faire en une journée, bien sûr, et ce malgré la jambe droite particulièrement lourde de notre conducteur. (Expression islandaise signifiant aller bien trop vite pour les limitations de vitesse… D’expérience, on pense que la plupart des gens vivant en Islande quelques temps développe ce genre de malformation). Nous nous contenterons donc de Geysir et Gullfoss.

Les geysers d’Islande

Une mare de sorcièreAprès avoir testé divers jeux dans la voiture, nous arrivons sur le site Geysir qui, comme son nom l’indique, regorge de geysers. C’est d’ailleurs l’un des seuls mots de notre langue emprunté à l’islandais. Nous pouvons donc observer différents stades d’activités : mare chaude, chaudron de sorcière et…. Jet d’eau de Genève. En plus chaud et naturel.

Nous passerons pas mal de temps à observer cette vapeur sous pression s’envoler dans les airs et les foules de touristes, nous y compris, attendre patiemment le bon moment pour une photo. On s’amusera aussi beaucoup des différentes couleurs de l’eau. On se réjouit d’avance de Yellowstone, visite que l’on commence gentiment à préparer…

geyser

L’autostoppeur

Départ pour Gullfoss, nous rentrons dans la voiture, démarrons et… croisons un autostoppeur. Forcément, on s’arrête. Imaginez sa tête quand le dialogue à pris cette tournure :

– Tu viens d’oú ?

– USA et vous ?

– Alors notre conducteur vient du Danemark et de l’Equateur, elle est allemande, Sylvie est française et moi suisse.

Nous le conduisons à Gullfoss oú l’on refera le monde sous un bruit assourdissant de cascade. Nous voici devant l’une des plus larges chutes d’Islande, divisée en deux paliers. L’eau y est gris-vert et tumultueuse : elle a creusé de sacrées gorges dans la roche volcanique.

 Chaud et froid

Nous reprenons ensuite notre route, sans notre nouvel ami américain. Direction Selfoss et une source chaude dans la montagne. Nous arriverons sur le parking au coucher du soleil. Il fait froid, chacun enfile ses vestes, embarque son maillot de bain et l’on commence l’ascension.

picsart_12-22-05-16-43Ici, tout est gelé, même la route. Nous marchons dans la neige, le vent froid fouettant nos visages. Simon et Lily sont partis devant, mais l’on ne peut s’empêcher d’observer le coucher de soleil. Nous arriverons aux sources de nuit, tant pis.

Effectivement, il commence à faire noir quand nous passons dans des nuages de vapeur. Le chemin commence à être entouré de panneaux « eau à 100° ». Nous apercevons enfin le hot spring : une rivière entourée de caillebottis de bois. On entends Simon et Lily au loin, ainsi qu’un autre groupe. Nous hésitons à traverser la rivière ou à suivre le chemin qui la longe pour finalement prendre la mauvaise décision. On devra traverser à travers neige sur herbe trempée pour finalement rejoindre la rivière.

On enfile nos maillots et on saute à l’eau.

La réalité serait plus proche du : on est gelé, on s’habille comme on peut en s’abritant du vent. Nath cours pieds nus dans la neige, Sylvie opte pour la technique du renfilage de vêtements et de chaussures jusqu’au bord de l’eau.

Et une fois dans l’eau, on soupire de plaisir : l’eau est chaude. Pas très profonde, juste assez pour pouvoir s’y allonger, mais chaude. On trouvera même en se déplaçant des points vraiment bouillants et au combien réconfortants dans le froid glacial. Par contre, le courant est fort et charie de nombreuses pierres, pas toujours très douces avec nous.

La nuit est tombée, nous sommes seuls sous la voûte céleste, dans une rivière entourée de neige. Difficile de faire un tableau plus iddyllique.

Mésaventures…

Malgré la chaleur, il va falloir se décider à sortir et ce n’est pas si facile que ça. Nath offre à Sylvie d’aller chercher ses affaires, ce qu’elle accepte bien volontiers tant il est difficile de marcher dans la rivière (et dans la neige). Après de longues minutes, elle commence à s’inquiéter. Plus un bruit, l’eau – le sol en fait – qui devient parfois bouillante et toutes les histoires horribles que l’on peut se raconter dans le noir n’aide en rien à garder son calme.

Nath finit cependant par arriver et il est temps de sortir, complètement gelée, dans le vent et le froid. Manquer de se vautrer dans la neige, mouiller le bas de son pantalon, poser le pied sur un de ces endroits bouillants… Nous finissons malgré tout par partir quand Nath constate :

– J’ai perdu mon portefeuille.

C’est un peu la grosse catastrophe. Nath refouille quatre fois toutes ses poches, le sac à dos et l’on refait le chemin à l’envers, à la lampe frontale. Celle de Sylvie n’éclaire plus vraiment mais on cherche malgré tout à travers la neige et l’herbe trempée. Jamais on aura autant regretté d’avoir quitté un sentier.

On ne trouve rien, il fait froid à en perdre nos doigts… Nous finissons par nous racrocher à l’idée qu’il est dans la voiture. Nous redescendons donc et là, c’est le drame : le porte monnaie n’est pas dans la voiture.

S’en suivent de longues minutes à conduire dans la nuit alors que Nath essaye d’énumérer tout ce que contient le porte-monnaie : carte d’identité, carte de crédit, clé usb, peu de monnaie et une collection de pièces des pays traversés. A part les deux premiers, rien de très embêtant. On réfléchit déjà aux démarches à faire.

En arrivant à la maison, nous demanderons à Gudmundur s’il est possible de retourner à Selfoss le lendemain pour essayer de le retrouver de jour. Il accepte sous conditions : le temps n’est pas sûr pour demain, et l’on sait qu’il change vite en Islande. Aux aurores, nous partons donc pour les sources chaudes, en promettant d’être prudent et de leur envoyer régulièrement des SMS. Il y a beaucoup de vent.

nuage du matinSur le parking, il faut lutter pour ouvrir les portes. A peine le pied dehors que le vent nous pousse littéralement sur la route gelée. Une tempête se prépare, même les nuages nous le font comprendre, l’ascension est impossible. Nous recevons au même moment plusieurs messages nous disant clairement que c’est trop dangereux. On va donc déclarer la perte au comissariat de Selfoss avant de rentrer.

Soulagement

Au cours de la semaine suivante, deux bonnes nouvelles se succèdent : nous avons trouvé une autre ferme et quelqu’un a retrouvé le porte-feuille de Nath.

Nous allons donc pouvoir quitter l’ambiance pesante dans laquelle nous nous sentions comme englués pour découvrir une autre ferme. Celle là s’occupe de 600 moutons et se trouve légèrement au nord de Reykjavik. L’occasion, donc, de découvrir une autre région d’Islande. De plus, ils possèdent un restaurant, un magasin de produits locaux et faits main et offrent parfois des visites pédagogiques… Directement dans l’optique de ce que nous visons plus tard.

Un matin, nous avons la bonne surprise de voir un message facebook d’un inconnu :

– Salut, j’ai trouvé ton portefeuille à Reykjadalur. Si tu es sur Reykjavik, on peut essayer de se croiser.

Mais ne pouvant nous rendre dans la capitale, il déposera le porte-feuille à la réception d’un hôtel. On le récupèrera quelques jours plus tard, quand on fera du stop pour rejoindre notre nouvelle maison.

Une autre promenade : au sommet du démon.en haut du démon

Quelques jours avant de quitter la ferme de Gudni, nous retrouvons Lily, Simon et deux autres volontaires allemandes pour se faire une petite promenade sur une petite montagne isolée : le Démon.

La voiture garée, nous marchons tous dans la neige… Et forcément, une petite bataille amicale s’ensuit. Mais quelque chose nous détourne bien vite : l’entrée d’une grotte dans le flanc de la montagne. Avec un peu d’escalade, on a vraiment une jolie vue par une ouverture naturelle. Certains s’arrêteront là, mais nous avons envie de profiter du paysage et de la magnifique journée. Nous randonnons donc sur les flancs de la montagne, suivons le chemin qui empruntent parfois quelques petites grottes et nous rejoignons les autres au sommet.

notre piste de luge improviséeLa vue d’en haut est relativement magnifique, mais plus que la vue, c’est la sensation de liberté qui nous submerge. Ici, tout semble possible. Aussi, quand le chemin s’incline pour redescendre en ligne droite, notre âme d’enfant l’emporte : nous descendons sur les fesses ce tobogan géant. On aura rarement pris autant de vitesse dans une descente.

Au pied de la montagne, quelques chevaux islandais nous attendent, curieux. Et après quelques caresses, il sera temps pour nous de rentrer, et bientôt de retendre le pouce vers une autre ferme.

Des hauts et des bas

Rien ne manque dans le portefeuille. Ouf ! L’Islande est un pays très sûr, on ne se faisait pas trop de soucis pour ça. Nous avions néanmoins fait opposition et devons donc attendre de recevoir la nouvelle carte bancaire. Rien de bien grave.

On est très content de se remettre à voyager, ne serait-ce qu’une journée. Nous sommes ravis de faire connaissance avec une autre famille islandaise, de découvrir un nouvel endroit. Et ici, tout nous semble propre et logique, ce qui était loin d’être le cas chez Gudni.

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