Volontaires dans une bibliothèque communautaire au Guatemala

Pour vraiment s’imprégner de la culture guatémaltèque tout en réalisant des économies, quoi de mieux que le volontariat ? Nous voici donc pour deux semaines dans un petit village au bord du lac Atitlan au Guatemala. Notre mission en tant que volontaires ? Cataloguer les livres, faire des activités avec les enfants et aider à l’entretien.

Rencontre avec nos hôtes

Premiers contacts

Avant de faire du volontariat, lorsque l’on passe par le site Workaway  (ou similaire), il y a toujours la phase de recherche, d’envoi de message et d’attente impatiente des réponses. Nous l’avions fait à San Cristobal de las Casas, au Mexique, conscient que niveau timing, c’était short.

bus guatemalaMalgré tout, l’un des hôtes contacté nous répond que c’est peut-être possible mais qu’il faut en discuter. Nous sommes dans la ville de Xhela et on a pas vraiment envie d’y traîner… On lui répond donc qu’on arrive d’ici un ou deux jours et qu’on discutera en face à face, ce sera plus simple pour tout le monde.

Sans attendre la réponse, nous partons pour le lac Atitlán. Nous arriverons finalement en soirée dans le petit village de Tzununá. Notre mission consistant à aider dans un centre communautaire qui fait aussi bibliothèque, on s’était dit qu’on trouverait… Mais ce n’est pas aussi facile que prévu !

Nous finissons par camper au bord du terrain de foot du village. Eloigné des grosses villes, calme et tranquille au coucher du soleil, ça avait l’air sécuritaire. Au matin, nous trouvons enfin la bibliothèque ! A l’ouverture, une dame en habit traditionnel (comme toute les femmes du village et de nombreuses autres au Guatemala) nous fait entrer. On s’explique en espagnol rudimentaire et apprenons que Maria arrivera vers 14h. En attendant, nous lui laissons nos sacs et partons découvrir le village !

Rencontre inopinnée

Il n’y a pas beaucoup de routes, à Tzununá. Nous en prenons une au hasard, qui semble longer le bord du lac en grimpant dans la jungle. La balade est chouette, tranquille. Dans une petite voiturette, un homme nous dépasse et nous propose en anglais un lift que nous refusons poliment. Quelques minutes (et une grosse montée) plus tard, nous arrivons devant un hôtel. Reprenant notre souffle en admirant la vue, la voiturette redescend. Mais cette fois ci, c’est une femme qui conduit. Elle nous regarde et s’arrête.

Vous êtes les volontaires ?

Voici Maria, notre hôte, qui descendait justement nous voir suite à un coup de fil de la bibliothécaire.

Négociations

Elle nous invite à boire un verre dans son hôtel, avec Thierry, son mari que nous avons croisé tout à l’heure. Ils parlent tout deux français. Elle nous explique ce qu’elle attend, ce qu’elle offre et sa position sur le volontariat. Ici, il y a beaucoup de gens qui profitent des volontaires pour avoir des employés gratuits et forcément, ça nuit beaucoup aux locaux qui ne trouvent pas de travail. Elle, elle prône le volontariat éthique.

A la base, elle souhaitait nous voir rester un mois, au moins. Si c’est envisageable pour nous, c’est un peu compliqué pour notre amie Katherine qui a une date de retour beaucoup plus proche, elle. Deux semaines, c’est notre maximum.

Maria et Thierry réfléchissent et décident finalement qu’on peut rester. C’est peu de temps pour se lier avec les locaux mais Maria a vraiment besoin d’aide pour cataloguer les livres de la bibliothèque (les rentrer dans le système informatique), ce que j’ai appris à faire lors d’un de mes emplois précédent. Ma mission est donc toute trouvée. Katherine, elle, propose d’organiser des activités avec les enfants et Nath pourra nous aider, soit l’une soit l’autre ou filer quelques coup de main à Thierry. Parfait.

Nous partons ensemble découvrir notre future maison : la Casa Jogote

casa rocoteLa Casa Jogote

La maison est ronde, en pierre naturelle, terriblement belle. Très lumineuse, avec ses fenêtres rondes et ovales, on s’y sent vite à l’aise. En plus, elle est autonome en énergie, alimentée uniquement grâce à des panneaux solaires pour l’électricité et l’eau chaude.

Sur deux étages, elle nous offre un salon cuisine, deux chambres avec deux salles de bain (seule la douche est commune) et une grande terrasse. L’occasion pour nous d’avoir un peu plus d’espace que d’habitude.

 Que peuvent faire trois volontaires dans une bibliothèque ?

Le centre communautaire est installé dans un grand bâtiment tout neuf, en pierre naturelle. Il abrite notamment la bibliothèque mais aussi un espace pour des cours de musique, un local informatique et une boutique d’artisanat. Ces trois lieux sont encore loins d’être finis : il manque portes et fenêtres, les locaux sont vides. Seule la bibliothèque est terminée et fonctionnelle.

La Bibliothèque

travail guatemalaOutre les livres, elle abrite également le matériel qui sera plus tard déplacé dans les autres locaux : ordinateurs, guitares, présentoirs, … C’est donc un peu encombré bien que l’espace soit immense.

Les étagères elles aussi sont encombrées. La bibliothèque fonctionne avec des dons et Maria n’a pas le temps de trier tout cela. Les livres se retrouvent donc sur les étagères aux côtés de manuels d’exercices et autres albums de coloriages… Sans compter qu’ayant déménagé récemment, les livres catalogués se sont retrouvés mélangés les uns aux autres. Beaucoup de boulot pour la maniaque que je suis…

Cela tombe bien car Maria n’a pas installé le logiciel de catalogage (et la base de donnée) sur l’ordinateur qui servira à la gestion de la bibliothèque. Conséquence du déménagement, elle n’est pas sûre non plus d’où se trouve la clé USB concernant la sauvegarde. Mais j’ai de quoi m’occuper en attendant.

Plusieurs jours durant, me voilà donc en train de sortir tous les livres catalogués des étagères pour les classer en différentes catégories : documentaires, romans adultes, littérature jeunesse, … Evidemment, je reçois de l’aide !

Joséphina, la bibliothécaire

La femme timide qui nous a ouvert n’est autre que la bibliothécaire. Maria nous explique cependant que Joséphina n’a pas eu la chance d’aller à l’école secondaire : son enseignement, elle l’a fait seule quand, adulte, elle a remarqué que cela pouvait changer beaucoup de choses. Elle n’a donc jamais géré de bibliothèque et est avide d’apprendre.

Je lui explique donc dans un premier temps comment classer les livres. C’est parfois difficile avec mon niveau d’espagnol et on ne se comprend pas très bien. Cela s’améliorera quand, au cours de la deuxième semaine, je lui apprendrai à cataloguer.

Pour ça, j’installerai un nouveau logiciel qui gère non seulement la base de donnée (comme l’ancien) mais aussi la recherche et le prêt. Afin d’être sûre que Joséphina et Maria pourront l’utiliser après notre départ, Nath réalise un tutoriel pas à pas pour les différentes fonctions. Je prendrai quant à moi quelques jours pour expliquer à Joséphina comment faire et la laisser faire seule.

sYlvie tu es si belle quand tu comptes des histoires au enfants

Partout dans le monde, les enfants aiment les contes. Sylvie en a ainsi traduit pour eux!

Activités avec les enfants

Pour inciter les enfants à venir à la bibliothèque, Maria organise parfois quelques activités. Fabrication de boucles d’oreilles, lectures d’albums, … Et comme au village, les primaires n’ont l’école que le matin et les secondaires que l’après midi, cela leur laisse tout le temps de participer aux ateliers organisés.

Katherine passera donc beaucoup de temps à préparer les activités et à les faire vivre, chaque après midi, aux enfants. Nath l’aidera un peu et, comme certains enfants sont fans des bracelets brésiliens qu’il porte, organisera un atelier à ce sujet.

Chaque après midi, les enfants repartent heureux et reviennent pour la plupart, le lendemain. Katherine a beaucoup d’imagination : attrape-rêve, tableau de land art, pot à crayon, pince à linge animaux, tout y passe. Et le plus impressionnant ? Elle explique tout aux enfants en ne parlant presque pas ! Une belle manière de montrer que si la barrière de la langue ne facilite pas les choses, communiquer n’est pas impossible.

Eve-Marie, la volontaire surprise

Alors qu’elle prépare ses activités, Katherine reçoit un message d’une de ses amies qu’elle n’a pas vu depuis longtemps. Partie elle aussi voyager en Amérique Centrale, elle se trouve justement au bord du lac Atitlán et après vérification sur la carte, à exactement 3km.

Son volontariat ne se passant pas super bien, elle a prit la décision de le quitter sans trop savoir quoi faire des quelques jours qu’il lui reste avant son avion. Assez spontannément, nous lui proposons de se joindre à nous, si Maria est d’accord. Elle se retrouvera ainsi à aider Katherine dans les activités et à partager sa chambre à la Casa Jogote.

Bricolage

Comme on a toujours besoin d’un bricoleur, Nath aidera Thierry à fixer un écran rétractable pour le vidéoprojecteur. Il s’occupera également de tester le matériel informatique et de l’installer, m’inventera des présentoires pour livres à l’aide du carton qui protégeait l’écran retractable et donnera un coup de main pour les activités et le rangement.

Tout ça en plus de réaliser le tutoriel pour le catalogage ce qui prends vraiment beaucoup de temps… Surtout quand on doit travailler avec paint !

Notre temps libre

Nous le passons principalement à nous promener au village ou à se détendre à la maison. Enfin, se détendre… On sous-estime souvent le temps que cela prend de cuisiner et de nettoyer ! Heureusement, nous avons aussi pu occuper notre temps en visitant les villes et villages alentours ou en découvrant une ferme permacole.

Tzununá

Pas encore très touristique, le petit village de Tzununá n’en compte pas moins un nombre impressionnant de Tuk-tuk. On n’y trouve pas grand chose mais l’atmosphère respire le calme. Ici, presque chaque habitant est un marchand : qui vend ses légumes, qui les fruits de son jardin, qui des pâtes, qui du riz, … Et il faut parfois faire le tour du village pour se composer un repas. C’est assez drôle au début, mais ça à vite ses limites.

Le marché de Santa Maria

Recommandé par Maria, ce marché se trouve dans une ville sur la montagne, uniquement accessible par pick-up. Nous découvrons donc, Katherine et moi, ce mode de transport. Nath ne nous accompagnera pas, faute de budget : il n’y a pas de distributeur à Tzununá… pas plus qu’à Santa Maria. Il prendra donc le bateau pour Panajachel.

descente montagne

Aller

La montée est une aventure en soi, accrochée à l’arrière d’un pick-up sur une route défoncée. L’une comme l’autre, nous profitons intensément de ce moment !

Arrivées au marché, nous constatons que les prix sont effectivement moins chers qu’au village et les produits plus variés. Pas assez malheureusement pour amortir le coût du transport aller-retour car, bien que nous soyons volontaires à la bibliothèque, nous payons le prix touriste…

ride pickup guatemala

Retour

Le retour est également une aventure en soi mais pas pour les mêmes raisons. Nous nous sommes en effet mal compris avec notre chauffeur et n’avons pas de moyen aussi abordable de rentrer. Après avoir attendu en vain l’arrivée de notre pick-up et avoir échappé a un alcolique (encore un !) qui revint même après avoir été embarqué par la police, nous nous résignons à prendre un autre pick-up pour un village à mi chemin.

Cette fois, nous sommes entassés à plus d’une quinzaine à l’arrière du pick-up. Comme il pleut, une bâche nous recouvre et comme je suis la plus grande avec mon pauvre 1m65, je sers de toit pour les autres. Katherine quand à elle se retrouve à l’extérieur, les deux pieds sur le pare choc arrière. Heureusement pour elle, elle est encore plus grande que moi et dépassait tout le monde au marché d’une bonne tête.

Arrivés à San Pablo, il ne nous reste que 15Q et le trajet en Tuk-tuk coûte au moins le double rien que pour une personne. Ca n’empêche pas la horde de tuk-tuk de nous harceler avant même que l’on descende du pick- up. Nous en trouverons finalement un qui accepte pour 15Q de nous déposer au prochain village, à 3km de Tzununá.

Ces trois kilomètres nous les marchons. Moi avec le sac sur le dos, Katherine sur la tête. Etonnée de voir toutes les femmes porter toutes sortes de choses sur leurs têtes, Katherine eût envie d’essayer et elle s’en est franchement bien sorti, car le sac devait au bas mot peser entre 5 et 8kg.

La ferme permacole

café

vous prendrez bien un peu de café?

Cette fois, c’est Nath et moi qui y allons seuls. La ferme permacole dont nous a parlé Maria se trouve tout en haut du village et elle n’est pas facile à trouver. A ce point que nous nous retrouverons d’abord dans un Ashram, avant de comprendre que ce n’est pas l’endroit que nous cherchons.

Heureusement, après avoir demandé à chaque personne sur notre chemin, nous finissons par arriver. Chad, le propriétaire, discute avec deux autres touristes. Il nous accueille et nous explique un peu l’historique de la ferme ainsi que son point de vue sur le fait d’aider les gens.

Aider les gens, ça peut ne pas être bien ?

Oui, explique Chad. Principalement quand les gens en question n’ont pas besoin d’aide.

femme guatemalaNous, touristes, voyageurs, européens, américains, privilégiés de toutes sortes arrivons dans des pays où le niveau de vie, la culture, les habitudes sont différents. Et bien souvent, en voyant leur misère, nous avons envie de les aider. Sur le fond, l’intention est bonne mais… Mais ce que l’on considère comme miséreux ne l’est pas forcément pour eux ! Et à bien des égards, l’Amérique Centrale nous en aura appris beaucoup sur le vivre mieux avec peu. De plus, nos solutions, qui marchent très bien chez nous, pour nous, ne marchent pas forcément ici et pour eux.

C’est pour cela que Chad, tout américain qu’il est, a décidé de créer cette ferme permacole ici. Pas pour montrer une quelconque superiorité ou apprendre à ces bons sauvages comment cultiver… Non, juste parce que le pays lui plaît et pour voir si cela marchait, ici.

Après 16 ans, le verdict est clair, cela marche. Il a des poules, cochons et chèvres en plus des fruits et légumes. Sa production sert principalement à nourrir sa famille, les volontaires et à assurer un petit salaire à ceux qui travaillent là en vendant la production aux hôtels ainsi qu’en toute petite partie et uniquement sur commande, aux particuliers. Le mieux ? C’est que certains paysans du village viennent lui demander conseil et qu’il peut maintenant les aider.

Il n’a rien imposé, il a seulement montré un exemple, proposé une solution et respectueusement attendu que les gens s’y intéressent.

La vie en coloc…

cours

Voyager en groupe n’est pas toujours simple. Si notre voyage au Mexique n’avait pas posé de problème majeur (bon, je me suis énervée une fois mais… on peut oublier ça non ?), au Guatemala, c’est plus compliqué.

Déjà, on a une maison à gérer et les automatismes sont différents. Chacun doit retrouver son rythme, ses habitudes entre le travail comme volontaires, la détente et le reste. Et puis, la période « lune de miel » est finie. Les premiers jours, tout est beau, tout est joli. On accepte sans soucis les faiblesses des uns et des autres. Mais quand cette période est passée, les défauts ressortent, on est plus fatigués et on se fâche plus vite.

Pas de recette miracle, il faut communiquer ! Chercher ensemble des solutions, proposer, essayer et surtout s’écouter. S’écouter soi et écouter les autres… Mais ce sera le sujet d’un prochain article !

Et quand on est malade !

Outre une petite intoxication alimentaire – et un gros débat sur la comestibilité des haricots verts crus – nous avons tous subit une tourista carabinée plus ou moins violente.

Les haricots…

Lorsque nous étions au marché, Katherine, québecoise, propose de manger des haricots verts crus. Je n’en avais jamais entendu parler et elle en mange depuis qu’elle est toute petite. C’est son légume favori… Alors pourquoi pas ? J’en mange quelques uns mais rapidement, mon instinct me fait comprendre que j’en ai assez mangé car ils m’écoeurent un peu. Je complète donc mon repas avec des bananes. Quand je rentre le soir cependant, j’ai un poids sur l’estomac qui ne se résorbera qu’au milieu de la nuit… Quand j’irai rendre ce qui ne passe pas.

Curieux, nous demandons à nos amis facebook qui mange des haricots crus sans soucis… Et il se trouve que c’est courant au Québec mais extrêmement rare en Europe : seuls deux amis européens ont répondu positif et l’un précise qu’il a été malade comme un chien.

Le site du centre anti poison suisse précise lui que 5 haricots verts crus peuvent suffir à tuer un enfant. Gloups !

fleurs guatemalaTourista, youpi, tralala!

Je ne vais pas entrer dans les détails, promis. Globalement, nous avons tous plus ou moins développé la maladie les uns après les autres : vertiges ou sensation de faiblesse, frissons, douleurs abdominales (et abominables aussi) et le plus connus de tous : la courante.

Quand ça nous arrive, que faire ?

Déjà, prendre sa température, d’autant plus si l’on est loin d’un médecin. Si le résultat est positif, la question ne se pose pas et il faut filer à l’hôpital le plus proche. Si l’on n’a pas de fièvre, le premier réflexe c’est de bien s’hydrater. La tourista peut guérir seule en quelques jours, si cela dure plus longtemps il faut consulter.

Ce sera en l’occurence le cas pour Nath qui, après une période de mieux, fera une rechute après l’ascension de l’Acatenango.

 

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