Volontariat éthique : déjouer les pièges de l’industrie touristique

Le volontariat se faisant connaître, il devient peu à peu un moyen facile de faire de l’argent. Que cela soit sur le dos d’honnêtes travailleurs remplacés par des volontaires qui coûtent moins cher ou en faisant payer le volontaire, certains n’hésitent pas à s’en mettre plein les poches. Mais comment alors voyager éthique tout en faisant du volontariat ?

Le contexte

travail guatemalaC’est lors de notre volontariat au Guatemala que l’on prend véritablement conscience du problème. Notre hôte, Maria, nous explique sa démarche et critique l’industrie touristique qui n’hésite pas à faire de l’argent sur le dos des volontaires

Dans les pays d’Amérique Centrale et les pays « pauvres » en général, il y a beaucoup d’inégalités sociales. Les gens travaillant dans le tourisme gagnent en effet plutôt bien leurs vies alors que les autres… Ils vivent simplement et ont parfois beaucoup de peine à accéder aux différents services : éducation, soins, … Ce qui explique que les hôpitaux nationaux, au Guatemala, soient gratuits.

Le problème, c’est que pour travailler dans le tourisme, il faut soit être engagés (pour faire le ménage, la nourriture, …) soit être éduqués (parler anglais notamment). D’ailleurs, ce sont souvent des expatriés européens ou américains qui tiennent les structures touristiques.

Nathanael tracteurLe problème ?

Engager une personne pour faire un travail à toujours un coût. Même ici où les salaires sont misérables si on les compare aux nôtres, cela représente malgré tout un investissement dont l’on se passerait bien… Vous commencez à comprendre ?

Les volontaires sont donc un bon moyen de réduire ces coûts ! Ils ne demandent qu’un logement et de la nourriture… Et sous réserve d’authenticité, on peut même leur demander une participation financière. Voilà donc un bon fillon !

On se retrouve donc avec des entreprises qui font des économies en exploitant des volontaires (paye et travaille !) et d’honnêtes travailleurs qui peinent à vivre faute de travail.

Le choix

C’est donc au volontaire que revient le choix : travailler dans des hostels et parfois payer pour prendre le boulot de quelqu’un qui en a vraiment besoin ou choisir soigneusement l’hôte.

Mais comment donc s’assurer que l’on ne vas pas se faire exploiter ou voler le travail de quelqu’un d’autre ?

Choisir des missions que les locaux ne peuvent pas effectuer.

Nath cueille des raisinnets

La ceuillete de fruits? En Amérique du sud, bof mais en Irlande oui !

C’est la base. Optez pour un travail que les locaux ne sont pas en mesure de faire. Ainsi, vous ne le ferez pas à leur place.

Des exemples ? Apprendre l’anglais aux enfants du village ; gérer un système informatique ; ou toute tâche qui demande un niveau d’éducation ou de formation supérieure. Votre passion c’est la peinture ? Cherchez des projets artistiques. Vous travaillez dans le bâtiment ? Aidez à la rénovation en partageant votre savoir…

Bref, à éviter : faire le ménage, cultiver, être à l’accueil d’un hostel, …

Et chaque fois que c’est possible : apprenez aux locaux à vous remplacer quand vous serez partis !

Rencontrez votre hôte

Avant de sceller votre destin (tantan !), organisez une rencontre avec votre hôte. Cela permettra facilement d’en savoir plus, de poser toutes vos questions et de voir si vous vous sentez à l’aise avec la personne.

ösp magnifiqueLes questions à poser :

  • Le travail. De quoi s’agit-il ? Qu’est ce que l’hôte attends de vous au juste ? Serez-vous seuls ou aurez-vous de l’aide, une « formation », … ?
  • Le temps de travail ? Combien de temps votre hôte exigera-t-il ? Est-il flexible ou non sur les horaires ? Avez-vous des jours de repos ? Combien de temps allez-vous rester ?
  • La « rémunération ». En tant que volontaire, vous n’êtes évidemment pas payés mais vous recevez quand même une compensation. Assurez-vous de connaître exactement ce que vous offre l’hôte : habitation (demandez à la voir), repas (variés ? équilibrés ?), autre chose (cours de langues, visites, transports, …).
  • Compensation financière. N’oubliez pas de vous assurer que ce que l’hôte vous « offre » n’est pas soumis à une compensation financière (auquel cas, ce n’est pas vraiment offert !). Il y a des cas où une compensation financière est justifiée, d’autres où c’est clairement une arnaque et … certaines où c’est négociable.

Compensation financière : payer pour travailler ?

Au début, ça nous rebutait clairement que l’on puisse demander à un volontaire de payer quoi que ce soit pour la nourriture ou le logement… C’est quand même censé être LA compensation du travail effectué. Mais on s’est un peu détendus la dessus…

Ce qu’il faut regarder :

Pourquoi je dois payer ?

Certains hôtes demanderont des compensations financières pour ce qu’ils doivent vous offrir de base : le logement et la nourriture. C’est pricipalement celles là qu’il faut discuter. Sont-elles justifiées ?

Mais il arrive que les hôtes demandent une compensation pour un service additionnel : utilisation du lave linge ou de l’internet, emprunt de la voiture pour une journée de découverte, formation quelconque, … Si le montant vous semble adéquat ou que vous pouvez refuser le service, aucun problème !

Combien dois-je payer

coursDemandez à l’hôte, en plus de la raison, le montant de la compensation financière. Vous semble-t-il en accord avec les prix du pays ? S’il est supérieur, refusez sans trop vous poser de questions ! Pourquoi travailler si pour le même prix, vous pourriez obtenir la même chose simplement en payant par vous même ? Vous ririez au nez de l’hostal qui vous propose une chambre pour 5$ et vous annonce que pour 10$, vous pourriez travailler et être nourris/logés.

S’il est clairement inférieur, il y a fort à parier que l’hôte à juste besoin d’un peu d’aide pour rentrer dans ses frais et que c’est donc tout à fait ok !  N’oubliez pas que votre présence impose des frais supplémentaires à la famille qui vous accueille : eau, électricité, nourriture, … Si votre travail est censé couvrir ces frais, la famille n’est peut-être pas à même de les payer. Dans certains pays, certaines personnes vivent uniquement de ce qu’elles produisent ou possèdent (maison, jardin, animaux). Votre arrivée impose parfois pour eux des aménagements (nourriture supplémentaire par exemple) qu’ils ne sont pas en mesure de couvrir immédiatement.

Vous pouvez d’ailleurs essayer de négocier : si un hôte vous demande une compensation pour la nourriture qui vous semble un peu élevée, demandez s’il est possible de faire vos propres courses par exemple.

 

A qui dois-je payer

A votre hôte, bien sûr. Mais qui est-il ? Est-il plutôt du genre à vivre à l’aise, ne pas se poser de questions budgétaire ou peine-t-il à boucler ses fins de mois ? Forcément, ça orientera votre décision !

cuniDemadez-vous aussi si l’emploi de volontaire est suceptible de rapporter de l’argent à votre hôte, en plus du travail effectué. En clair, est ce que l’argent que vous lui donnez sert effectivement à payer des charges ou une partie va-t-elle directement dans ses bénéfices ?

En effet, il arrive malheureusement qu’accueillir des volontaires deviennent une industrie : on vous fait travailler, dans un cadre local, pour vivre une expérience unique… Et l’on considère cela comme un tour organisé en pension complète. Aider des habitants pour être au plus proche des locaux est devenu une attraction au même titre que l’ascension d’un volcan. Méfiez-vous !

Et les séjours organisés alors ?

On ne parle évidemment pas de tour tout compris oú vous visitez un pays en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire et pour une somme pharamineuse mais bien de volontariat. Quid de ces séjours qui vous promettent une mission humanitaire tout compris pour une somme d’argent ?

Si nous utilisons principalement la plateforme workaway pour trouver nos missions de volontaria, il peut parfois être intéressant de recourir à ces séjours proposés pars des associations ou ONG. A quoi donc faut-il faire attention avec ces séjours de volontariat organisés ?

L’organisme

Renseignez-vous sur l’organisme avec qui vous partez. Est-il fiable ? Avez-vous des retours des précédents séjours organisés (si possible, différents de ceux mis en avant par l’organisme) ? Est-ce un organisme connu ? A but lucratif ?

Autant d’informations qui, si elles n’entérineront pas votre choix, vous aideront à faire la part des choses.

La mission

Comme pour le volontariat « de particulier à particulier », assurez-vous que la mission que l’on vous confie apporte quelque chose aux locaux et n’est pas simplement un prétexte pour vous faire « vivre une expérience incroyable au coeur de [Pays] ».

Evitons aussi les missions qui veulent imposer aux habitants des choses qui ne leur correspondent pas ou ne leur seront pas utiles. On conçoit facilement que la construction d’une école est une bonne chose pour chacun, mais notre vision de l’école est peut-être très différente de la leur.

Et surtout, choisissez une mission qui vous plaît et qui vous correspond !

Le coût

Essayez de calculer le prix que cela vous coûterait si vous souhaitiez voyager par vous même dans ce pays. Si le tarif demandé est égal ou supérieur, attention !

avion paysageBien sûr, certaines associations peuvent utiliser les séjours de volontariat pour faire tourner leur buisness : acheter du matériel, agrandir un bâtiment, … Et donc proposer des prix « un peu chers » pour une mission intéressante dans un environnement intéressant. Encore une fois, posez-vous la question « A qui vais je donner mon argent et pourquoi ? »

Méfiez-vous aussi des prix trop bas : certaines choses ne sont peut-être pas incluses dans le séjours et vous devrez les payer par vous même. Ce n’est pas parce que l’annonce dit « envolez -ous pour [pays]… » que le billet d’avion est forcément pris en compte.

La prestation

Justement, qu’est ce qui est inclu dans le prix du séjour ? Vais-je pouvoir faire une sortie intéressante ? Avoir une courte formation ? A quel type de commodités dois-je m’attendre ?

Il est important de bien détailler chaque point pour ne pas être déçu. Les formules markettings sont souvent trompeuses ! Un plat typique peut se réveler n’être qu’une maigre soupe. « Vivre au contact des locaux » cache parfois le fait de partager une seule pièce avec la famille hôte. Et une habitation tout équipée révèle parfois une colocation avec 15 autres volontaires.

Définissez bien ce que vous attendez d’une telle mission et voyez si cela répond à votre demande.

L’expérience d’autres voyageurs

Même si la vôtre sera peut-être complètement différente, n’hésitez pas à demander conseils aux autres voyageurs. Ils pourront vous donner leur avis ou des informations complémentaires.

Et vous, avez-vous déjà fait du volontariat ? Vous êtes vous fait prendre au piège ou avez-vous au contraire vécu une expérience unique ? Faîtes nous part de vos retours dans les commentaires !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *